Histoire de la collection

Histoire pédagogique

La collection d’objets mathématiques de l’Institut Henri Poincaré comporte environ 600 pièces, qu’on appelle aussi « modèles ». La majeure partie de cette collection est plus que centenaire. Elle fut héritée en 1928 du laboratoire de Géométrie supérieure de la Faculté des sciences de l’Université de Paris, qui transféra sa bibliothèque et sa salle des modèles à l’Institut Henri Poincaré dès son inauguration.

Ces objets sont de nature variée, du point de vue mathématique, et faits de diverses matières : plâtre, bois, métal, ficelle ou encore papier mâché. Ils ont été conçus et réalisés à des fins pédagogiques, pour aider les élèves à voir dans l’espace des équations géométriques complexes. Ils servaient également de modèle au sens pictural du terme, à une époque où le dessin et la géométrie descriptive jouaient un grand rôle dans l’éducation mathématique.

Parmi les plus anciens on trouve ceux acquis à la fin du 19ème siècle chez Charles Muret à Paris et chez Ludwig Brill à Darmstadt. Un certain nombre d’autres objets, surtout les plâtres et les surfaces réglées réalisées en fils tendus, ont été acquis chez Martin Schilling à Halle-sur-Saale puis à Leipzig entre 1900 et 1920. De ceux-ci on trouve d’autres exemplaires dans le monde, en particulier dans la collection de l’université de Göttingen.

Une série unique est celle des modèles conçus et réalisés par Joseph Caron entre 1872 et 1915. Il était professeur de géométrie descriptive et fut nommé chef de « travaux graphiques » à l’École normale supérieure en 1912 par le mathématicien Gaston Darboux. Pour la plupart en bois, ces modèles à la finition soignée étaient liés aux cours de Darboux sur les courbes et les surfaces et venaient alimenter son Cabinet de mathématiques à la Sorbonne.

Attrait artistique

La collection dans son ensemble acquit un caractère unique sous le regard des surréalistes dans les années 1930, particulièrement à travers l’œuvre de Man Ray. Celui-ci découvrit les modèles de l’institut à la suite de Max Ernst et en prit des photographies publiées dans les Cahiers d'art en 1936. Les peintures qu’il en fit après la guerre achevèrent de sceller leur réputation. Man Ray attribua des noms shakespeariens aux objets et regroupa sa série de tableaux sous le vocable des Équations shakespeariennes. Cette histoire est racontée sous une forme poético-mathématique dans le film Man Ray et les équations shakespeariennes, produit par l’IHP en 2019.

Les modèles de l’IHP inspirent aujourd’hui encore de nombreux artistes, peintres, architectes et sculpteurs qui viennent les voir à la bibliothèque. Une centaine de modèles y est exposée en permanence. Une partie de la collection sera transférée et mise en valeur dans la future Maison Poincaré. Certains modèles ont pu être restaurés grâce à un financement participatif sous l'égide du Fonds de dotation de l'Institut Henri Poincaré en 2018 (plus d'informations : Math mon modèle).

Pour plus de détails sur la collection on pourra consulter le livre Objets mathématiques publié par CNRS Éditions en 2017.

Sources de la collection :

- Charles Muret (Paris) : collection éditéé par Charles Delagrave, acquise par l'Université de Paris ca. 1880.

Voir les modèles de la collection Muret

- Joseph Caron (Paris) : collection réalisée sous la direction de Gaston Darboux, fabrication 1872-1915 (date exacte indiquée sur certains modèles).

Voir les modèles de la collection Caron

- Brill-Schilling* :
• Ludwig Brill (Darmstadt, Allemagne) : fabrication 1881-1899 ;
• Martin Schilling (Halle-sur-Saale, Allemagne) : fabrication 1900-1910 ;
• Martin Schilling (Leipzig, Allemagne) : fabrication 1911-1932.

     *Grâce aux catalogues il est aussi possible de nommer le concepteur des modèles et leur année de conception (en plus du fabricant et de la date de fabrication).

Voir les modèles de la collection Brill-Schilling

- En plus des trois principales sources ci-dessus, certains modèles proviennent d'autres créateurs comme par exemple Fabre de Lagrange dans les années 1870, Maurice El-Milick dans les années 1950, le Palais de la découverte dans les années 1980, ou plus récemment Oliver Labs dans les années 2010.